Charte
Européenne
l'Enfant hospitalisé
Charte rédigée à LEIDEN (Pays-Bas) en 1988
lors de la première conférence européenne des associations "Enfants à l’
Hôpital".
Cette charte résume et réaffirme les droits des enfants hospitalisés.
L'admission à l'hôpital d'un enfant ne doit être réalisée que si les soins nécessités par sa maladie ne peuvent être prodigués à la maison, en consultation externe ou en hôpital de jour.
Un enfant hospitalisé a le droit d'avoir ses parents ou leur substitut auprès de lui, jour et nuit, quel que soit son âge ou son état.
On encouragera les parents à rester auprès de leur enfant et on leur offrira pour cela toutes les facilités matérielles, sans que cela n'entraîne un supplément financier ou une perte de salaire. On informera les parents sur les règles de vie et les modes de faire propres au service afin qu'ils participent activement aux soins de leur enfant.
Les enfants et leurs parents ont le droit de recevoir une information sur la maladie et les soins, adaptée à leur âge et leur compréhension, afin de participer aux décisions les concernant.
On évitera tout examen ou traitement qui n'est pas indispensable. On essaiera de réduire au maximum les agressions physiques ou émotionnelles et la douleur.
Les enfants ne doivent pas être admis dans des services adultes. Ils doivent être réunis par groupes d'âge pour bénéficier de jeux, loisirs, activités éducatives adaptés à leur âge, en toute sécurité. Leurs visiteurs doivent être acceptés sans limite d'âge.
L'hôpital doit fournir aux enfants un environnement correspondant à leurs besoins physiques, affectifs et éducatifs, tant sur le plan de l'équipement que du personnel et de la sécurité.
L'équipe soignante doit être formée à répondre aux besoins psychologiques et émotionnels des enfants et de leur famille.
L'équipe soignante doit être organisée de façon à assurer une continuité dans les soins donnés à chaque enfant.
L'intimité de chaque enfant doit être respectée. Il doit être traité avec tact et compréhension en toute circonstance.
L'HOSPITALISATION DES ENFANTS
En dehors des aspects purement médicaux, l'hospitalisation
des enfants soulève des problèmes délicats d'ordre psychologique et affectif.
Une relation mal engagée avec la mère après la naissance
ou, par la suite, une séparation brutale avec le milieu habituel de vie entraîne
toujours des effets néfastes. Dans l'immédiat, elle est vécue douloureusement
par l'enfant ; à moyen et long terme elle peut avoir un retentissement profond
sur son équilibre. Elle risque de perturber ses relations ultérieures avec sa
famille. Dans les cas les plus graves, elle peut même déclencher un processus
intolérance réciproque aboutissant à des mauvais traitements.
Ces données de base de la psychologie infantile montrent
que toute hospitalisation comporte inévitablement un danger pour la personnalité
de l'enfant. Celui-ci ressent en effet l'hôpital comme un monde étranger
potentiellement hostile. Comme l'adulte, il éprouve ou redoute la souffrance
physique, d'autant plus qu'il n'en comprend pas la raison. Mais, en outre, il
craint de perdre la protection de ceux qui l'aiment et dont il a encore plus
besoin dans cette période de peur et de douleur.
Les risques de détresse et de traumatisme sont
particulièrement élevés:
·
quand l'enfant est jeune: le temps lui parait démesurément long et il peut très
vite se croire abandonné;
·
s'il ne sait pas parler, il ne peut ni poser des questions ni exprimer son
angoisse;
·
si l'hospitalisation a eu lieu en urgence ou dans des circonstances perturbantes
(par exemple à l'occasion de difficultés familiales);
·
si elle s'accompagne d'un diagnostic grave ou de soins douloureux;
·
si l'enfant ne bénéficie pas, dans sa propre famille. de conditions affectives
satisfaisantes:
ou si , étant étranger , il ne peut communiquer en français.
De nombreux établissements hospitaliers, conscients de ces
phénomènes, s'efforcent déjà d'en limiter les effets. Ils ont modifié pour cela
l'organisation ou le fonctionnement de leurs services , de pédiatrie , de
maternité , d'urgence ou de réanimation. Nous tenons à rendre hommage à leurs
réalisations. Le moment nous parait venu de les étendre , pour en faire une
politique globale qui prenne en compte systématiquement les besoins
psychologiques des enfants.
En vous recommandant les mesures ci-dessous, nous
n'ignorons pas vos difficultés quotidiennes, ni les moyens parfois limités dont
vous disposez. Toutefois , si certaines de ces mesures peuvent demander quelques
moyens particuliers, la plupart sont d'abord affaire d'état d'esprit. Elles
supposent avant tout une sensibilisation de chacun et la volonté de modifier
certaines façons de faire traditionnelles. C'est pourquoi elles ont pu être
introduites avec succès dans de nombreux services aux situations très diverses.
Leur application ne peut, bien entendu, ignorer les
impératifs des traitements et de la sécurité; ceux-ci doivent cependant être
évalués à leur juste importance, dans le contexte plus large du bien-être
physique et mental des enfants.
En tout état de cause, ces orientations font largement
appel à l'esprit d'initiative de tous les personnels, sous l'autorité des
responsables administratifs , médicaux et paramédicaux de l'hôpital.
- Le Ministère des Affaires Sociales et de la Solidarité
Nationale
- Le Secrétariat d'Etat chargé de la Santé
- Le Secrétariat d'Etat
chargé de la Famille, de la Population et des Travailleurs Immigrés
1 - Éviter les
hospitalisations non strictement nécessaires
·
De nombreux examens préliminaires ou de contrôle
peuvent avantageusement être pratiqués dans le cadre des consultations externes
sans admettre ou maintenir l'enfant a l'hôpital
·
Chaque fois que la nature du traitement le permet
, il est préférable de maintenir l'enfant chez lui ou de le faire rentrer
rapidement en utilisant des services d'hospitalisation a domicile. Vous vous
efforcerez de développer de tels services, au besoin par un redéploiement de
certains moyens existants.
·
La création ou le développement de
l'hospitalisation de jour ou de nuit, en accord avec les organismes de sécurité
sociale, devrait également remplacer l'hospitalisation classique chaque fois que
possible. Les indications médicales ou même chirurgicales permettant de prendre
en charge les enfants exclusivement pendant la journée se développent d'ailleurs
actuellement. L'hospitalisation de jour peut aussi préparer ou prolonger une
hospitalisation complète. Elle nécessite cependant un environnement familial
averti et disponible, ainsi qu'une liaison bien établie avec le médecin traitant
ou éventuellement le service de P.M.I.
·
Quand une hospitalisation complète semble
nécessaire, sa durée doit être réduite au minimum. Certes, il ne convient pas de
concentrer sur une trop courte période trop d'actes fatigants ou douloureux pour
l'enfant, mais il faut éviter tout temps mort médicalement injustifié. Dés lors
que le traitement ou la surveillance peut être poursuivi par l'entourage de
l'enfant , ce dernier doit retourner à son domicile, quitte à être revu plus
souvent lors de consultations de contrôle chez le médecin traitant ou à
I'hôpital.
·
Vous vous efforcez d'éviter les “
hospitalisations sociales , c'est-à-dire l'entrée ou le maintien à I'hôpital
d'un enfant sans raison médicale réellement contraignante. Les accueils
d'enfants pour raisons sociales peuvent, dans la plupart des cas, être évités,
ou du moins abrégés, par des aides diverses à leurs familles. Quand un accueil
s'avère indispensable, il vaut mieux recourir à un placement familial ou à un
autre mode d'accueil temporaire proche du domicile.
·
Les assistantes sociales de vos services ont un
rôle essentiel à puer à cet égard, en coopération systématique avec le médecin
traitant, les services sociaux de secteur et les équipes départementales de
P.M.I. et d aide sociale à l'enfance.
·
Les placements sanitaires qui exilent de jeunes
enfants pendant des semaines voire des mois, loin de leur famille peuvent
provoquer des ravages psychologiques et affectifs. Ces risques sont souvent sans
commune mesure avec le bénéfice attendu sur le plan physique.
Aucun placement ne devrait donc être décidé sans une
réflexion concertée entre le médecin , le service social hospitalier et , si
possible, l'équipe médico-sociale du secteur concerné. Cette réflexion permettra
d'envisager les alternatives possibles ou les mesures d'accompagnement à
prévoir.
En dehors des admissions en urgence, I'hospitalisation
devra être préparée de façon à réduire l'anxiété de l'enfant et de sa famille.
Cela implique qu'un membre de l'équipe médicale et soignante explique à l'avance à l'enfant et à ses parents: la raison de l'hospitalisation, sa durée très approximative (si possible et avec prudence) , la nature des examens ou des soins qui seront entrepris. De telles explications, données en termes simples, permettront à l enfant de se préparer psychologiquement à ce qui l'attend; elles faciliteront ainsi les soins ultérieurs.
Les parents doivent recevoir à cette occasion les
renseignements pratiques dont ils ont besoin (nom du service et du médecin
responsable, heures des repas, etc.) Ils seront également informés de ce qu'ils
peuvent faire, de leur côté, pour préparer et faciliter le bon déroulement de
l'hospitalisation. Les informations orales qui leur seront données seront
rappelées dans un ou deux documents succincts, rédigés dans un style familier.
Nous vous adressons séparément, à ce sujet, un dépliant qui pourra vous être
utile.
3 - Accueillir l'enfant et
ses parents à l'admission
·
Le passage par un service d'urgence est souvent
le premier contact avec l'hôpital; fréquemment, I'enfant et ses parents le
vivent très mal. Vous vous efforcerez donc d'améliorer l'accueil des enfants
dans ce service. Dans toute la mesure du possible seront organisées des urgences
autonomes de pédiatrie avec la présence, aux heures ouvrables, de personnels
médicaux qualifiés .
·
Les formalités administratives ou autres ne
doivent évidemment jamais prendre le pas sur l'accueil de l'enfant et de ses
parents Cet accueil doit être aussi chaleureux et personnalisé que possible.
Rien ne vaut la présence d'un proche au moment de
l'admission. Il est donc très important d'aider un membre de la famille à
demeurer avec l'enfant pendant ses premières heures à l'hôpital. Cette personne
devrait, dans toute la mesure du possible, être présente quand il s'endort le
premier soir. La présence rassurante d'un objet privilégié (animal en peluche,
poupée, linge, couverture...) est indispensable pour le jeune enfant
hospitalisé. Il faut donc toujours demander à sa famille, lors de la
consultation préalable ou de l'admission , de lui remettre l'objet auquel il est
attaché. Il est également préférable que l'enfant conserve ses vêtements qui
sont un lien de plus avec son univers familier. Ces principes ne s'opposent pas,
bien entendu. aux précautions d'hygiène (décontamination) qui pourraient
s'avérer nécessaires.
Les parents seront consultés sur les habitudes et les aversions de l'enfant (alimentaires ou autres) et sur son vocabulaire particulier (pour aller aux toilettes, désigner son objet familier, etc.). Ces indications seront portées sur le dossier de soins pour que tous les membres de l'équipe puissent en avoir connaissance.
Enfin, chaque fois que des soins ne sont pas prodigués
immédiatement à l'enfant, il faut éviter de le mettre au lit. Il doit avoir la
liberté de jouer et de renouer avec ses activités habituelles.
L'admission conjointe mère (ou père) - enfant est à
développer. Elle permet à la mère ou au père de rester auprès de leur enfant,
sinon jusqu'à sa sortie, du moins le temps de son adaptation. Cette admission
conjointe doit être possible quelle que soit la nature de la sa maladie, et non
pas seulement dans les cas les plus graves.
L'angoisse de l'enfant ne dépend, en effet, pas
nécessairement de la gravité objective de son état. Le séjour du père ou de la
mère sera évidemment organisé en collaboration étroite avec l'équipe médicale et
soignante.
Si les parents ont d'autres enfants à la maison, ils ne
pourront peut-être recourir à l'admission conjointe sans une aide extérieure
(mode de garde ou aide ménagère). Il vous appartient d'éclairer les parents à ce
sujet et de les aider au besoin à prendre contact avec les équipes compétentes.
Ici encore, une coopération constante entre le service social hospitalier et les
services sociaux de secteur s'impose.
Pour faciliter l'admission conjointe parent-enfant, nous vous demandons de prévoir l'existence de chambres conçues à cette fin à l'occasion de toute construction ou rénovation.
Toutefois, dés à présent, et dans presque tous les cas, il
suffit d'aménagements peu coûteux (lits pliants par exemple) pour permettre la
présence d'un des parents. A défaut de chambres mixtes, quelques chambres
d'accueil d'un parent peuvent être installées à proximité de certaines unités
(réanimation par exemple) pour permettre le maintien d'une relation, même
discontinue, ou seulement visuelle, à travers une vitre.
Enfin, il n'est souhaitable ni pour l'enfant, ni pour le
personnel, ni pour le parent que ce dernier soit contraint de rester toute la
journée dans la chambre ou dans les couloirs voisins. Il est donc important de
prévoir, à proximité des services intéressés, une pièce où les membres des
familles accueillis temporairement puissent se reposer ou échapper à la tension
qu'ils peuvent ressentir.
5 - Faire participer les
parents
La technicité des soins médicaux ou infirmiers, les
problèmes de sécurité et de responsabilité interdisent le plus souvent de
confier ces soins aux parents. En revanche, ces derniers peuvent souvent se
charger, auprès de leur enfant, des soins de la vie quotidienne: le nourrir, le
changer, faire sa toilette, aller lui chercher quelque chose, l'accompagner, le
calmer... Les agents sont ainsi libérés pour des tâches plus techniques ou pour
mieux soigner des enfants dont les parents ne sont pas là. En outre mieux vaut
une mère occupée auprès de son entant qu'une mère inactive anxieuse qui harcèle
le personnel.
Il est important qu'un proche de l'enfant l'accompagne s'il
est transféré dans un autre service, comme s'il s'agissait d'une nouvelle
admission.
Sa présence est encore plus nécessaire aux moments les plus
angoissants d'une hospitalisation, quand l'enfant s'endort puis se réveille à
l'occasion d une opération.
Les parents doivent pouvoir assister aux soins médicaux et infirmiers s'ils le souhaitent et si, à l'expérience, leur présence ou leur comportement ne s'avère pas gênant . Cette intégration partielle à la vie du service leur permet en effet de s'initier aux gestes qu'ils auront à accomplir après la sortie de l'enfant (suivi d'un régime, pansements, etc.). La durée de l'hospitalisation peut ainsi s en trouver réduite.
Adapter les soins et les conditions de traitement à l'âge
de l'enfant et l'y préparer.
Tout acte pratiqué pour la première fois, surtout s'il peut
provoquer douleur ou crainte chez l'enfant, doit lui être expliqué à l'avance en
fonction de ses possibilités de compréhension. Plus encore que l'adulte,
l'enfant a besoin d'être considéré et soigné totalement, comme une personne
plutôt que de subir une série d'interventions purement techniques et isolées. Il
est donc très souhaitable qu'il puisse entretenir une relation continue,
privilégiée, avec un membre de l'équipe médicale et soignante tout au long de
son séjour à l'hôpital. C'est particulièrement vrai s'il doit avoir affaire à
plusieurs services ou si sa famille ne paraît pas lui apporter pendant son
hospitalisation un soutien affectif suffisant.
Plus encore qu'avec les adultes, les membres de l'équipe
doivent faire preuve d'un tact et d'une discrétion extrêmes lorsqu' ils parlent
entre eux d'un enfant, que ce soit de son état ou de sa famille. Les enfants,
même très jeunes, comprennent bien plus qu'on ne le pense: à l'inverse, ils
peuvent mal interpréter des propos d'adultes. Dans les deux cas, des paroles
inconsidérées peuvent avoir un retentissement désastreux.
·
Certains enfants relèvent de traitements spécialisés non pédiatriques:
chirurgie, O R L ,etc. Nous souhaitons que , s'ils ne sont pas rattachés au
service de pédiatrie, ils soient au moins rassemblés dans un secteur où il
bénéficient d'un personnel et d'un environnement adaptés En aucun cas,
évidemment. ils ne devront partager la chambre d'un adulte. Il va de soi
également qu'il faut leur éviter la proximité de malades dont l'état ou le
comportement pourrait accroître leur propre anxiété.
·
Les enfants ressentent fortement la rupture avec leur cadre de vie habituel et
les contraintes imposées par l'hospitalisation. Il importe donc d'aménager les
services d'enfants pour que ceux-ci puissent y poursuivre leurs activités
quotidiennes: salles de jeux, salles à manger, bibliothèques, possibilités de
sortir dans un jardin ou une cour sont des aménagements peu coûteux qu'il faut
développer.
·
Dans certains services de pédiatrie, l'action d'éducateurs de jeunes enfants ou
d'animateurs qualifiés ne doit pas être considérée comme un luxe mais comme une
partie intégrante du traitement. Nous souhaitons vivement que vous vous assuriez
le concours de tels personnels, dans toute la mesure compatible avec le budget
de l'établissement.
Il est aussi possible, dans certains cas,
d'avoir recours à des bénévoles, sélectionnés dans le cadre d une association.
Les interventions de ces derniers doivent néanmoins s'inscrire dans le cadre
d'une mission bien définie et être bien suivies. Les activités de distraction
qui seront proposées aux enfants doivent faire l'objet de programmes organisés
sur lesquels les enfants puissent normalement compter.
·
Le maintien des liens avec l'école constitue pour tous les enfants d'âge
préscolaire et scolaire un objectif essentiel. Il vous appartient de rechercher
avec les responsables locaux de l'éducation nationale des formules adaptées.
Vous pourrez aussi, au besoin, faire appel à des enseignants détachés ou à des
membres d'associations spécialisées, pour faire assurer aux enfants les cours ou
le soutien scolaire nécessaires.
·
La présence de psychologues disposant d'un temps d'intervention suffisant est
toujours précieuse pour les services qui reçoivent des enfants. Elle permet de
mieux apprécier les besoins psychologiques. Elle permet également. dans les
rencontres avec les familles et les réunions entre les diverses catégories de
personnels.
·
Les établissements qui reçoivent un grand nombre d'étrangers non francophones
ont évidemment le plus grand intérêt à s'assurer la collaboration d'interprètes.
C est sans doute l'un des domaines dans lesquels des bénévoles peuvent rendre
les plus grands services
·
Il n'est guère besoin, enfin, d'insister sur le rôle capital des assistantes
sociales hospitalières. Elles informent et orientent les familles pour les
questions administratives, financières et sociales. Elles peuvent éclairer
l'équipe médicale et soignante sur le contexte familial et social de
l'hospitalisation. Elles facilitent une collaboration permanente entre les
équipes hospitalières et de multiples services ou établissements extérieurs.
Nous souhaitons que le régime des visites soit
défini dans le règlement intérieur de manière très souple. Les parents, amis,
frères et sœurs, camarades seront admis, en nombre limité et sous l'autorité de
l'équipe responsable, quel que soit leur âge et à tout heure raisonnable de la
journée. Le local évoqué ci-dessus (4) ou tout autre similaire facilitera ces
visites.
En tout état de cause, le père, la mère ou une
autre personne qui s'occupe de l'enfant doit pouvoir rester auprès de lui aussi
longtemps qu'ils le souhaitent, à condition de ne pas contrarier l'action
médicale ni de troubler le repos des autres malades. Le décret du 14 janvier
1974 relatif aux règles de fonctionnement des centres hospitaliers et hôpitaux
locaux permet expressément cette présence d'un accompagnant auprès d'un malade
de moins de quinze ans en dehors des heures de visite.
Les enfants hospitalisés pour plus de quelques
jours doivent être autorisés à retourner périodiquement à leur domicile (pour
les fins de semaine par exemple) si le médecin responsable juge que leur état le
permet.
S'ils ne peuvent demeurer auprès de leur enfant
pendant son hospitalisation, les parents doivent avoir la possibilité de
s'informer régulièrement de son état. Il convient donc de leur indiquer les
jours et heures auxquels ils pourront s'adresser à un médecin responsable qui
sera en mesure de leur donner toutes les informations nécessaires et d'en
discuter avec eux.
Ils doivent pouvoir téléphoner dans le service
pour prendre des nouvelles, et aussi parler à leur enfant.
Sauf urgence, les parents doivent être informés
au préalable du transfert de leur enfant dans un autre service pour pouvoir
l'accompagner a cette occasion.
Il est souhaitable que, dans tous les cas, un membre de l'équipe prenne le temps
de préparer la sortie de l'enfant avec ses parents. Il leur expliquera notamment
les réactions psychologiques que l'enfant pourrait éventuellement présenter
après son retour à la maison, et la manière d'y faire face (régression,
comportement agressif, troubles du sommeil, difficultés scolaires...). Ces
réactions seront d'ailleurs d'autant plus limitées que les mesures ci-dessus
auront été largement appliquées.
Dans certains cas, la famille ou l'enfant doit
bénéficier d'une aide particulière après la sortie (aide financière,
travailleuse familiale, mode de garde...). Des réunions ou rencontres régulières
entre l'équipe soignante, l'assistante sociale, le psychologue et les personnes
extérieures intéressées (P.M.I., santé scolaire, médecins de ville...)
permettront de prévoir les mesures souhaitables.
10 -
Favoriser l'introduction de ces mesures auprès de l'équipe médicale et soignante
Nous avons vu que l'hébergement d'un membre de
la famille, sa participation aux soins, le développement des visites, sont
indispensables à l'équilibre de l'entant et éviteront des perturbations
ultérieures. Il est vrai cependant qu'ils impliquent des modifications
importantes dans les habitudes de travail des équipes hospitalières.
Celte évolution ne se fera dans la réalité
quotidienne que si elle est ressentie comme indispensable par tous Il vous
revient donc de la favoriser en incitant les équipes à en discuter dans leur
réunion de travail, et en ayant recours à des actions de formation spécifiques.
Ces dernières porteront non seulement sur les
besoins particuliers des enfants à l'hôpital, mais aussi sur le développement
normal de l'enfant et les données psychologiques de base qui sous-tendent la
présente circulaire.
Nous vous recommandons de consacrer à ce thème
une fraction de vos crédits de formation permanente. De plus, nous envisageons
de le proposer dans le cadre des sessions d'information et de recyclage des
personnels médicaux et paramédicaux financées sur les crédits du ministère des
affaires sociales et de la solidarité nationale (chapitre 43 81, article 20).
Nous voudrions, pour terminer, souligner une
certain nombre de points.
Il arrive souvent que les familles, intimidées
par l'hôpital, habituées à des modes de fonctionnement traditionnels des
services ou mesurant mal les facteurs psychologiques en jeu, hésitent à profiter
des facilités préconisées ici. Il ne suffit donc pas de prévoir ces dernières.
Les équipes devront les proposer activement, en expliquant leur raison d'être
dans le respect, bien entendu, de la liberté des parents qui doit rester
entière.
Le temps passé auprès des parents demande un
effort réel aux membres du personnel. Or, ceux-ci sont préoccupés avant tout, et
c'est normal, par la gravité des cas auxquels ils doivent faire face et par la
technicité des soins à prodiguer. Mais cet effort leur apportera une
contrepartie évidente, immédiate, en donnant aux enfants hospitalisés un
sentiment de sécurité qu'ils n'auraient jamais pu connaître autrement. C'est
aussi un investissement à long terme, permettant un retour et un développement
harmonieux des enfants dans leurs familles.
Ces nouvelles orientations n'entraînent aucun
dessaisissement pour les membres des équipes soignantes. Au contraire:
déchargées, à l'occasion, de certaines taches non techniques, leur rôle
indispensable auprès de l'enfant s'enrichit d'une relation plus large avec sa
famille.
Enfin, les progrès que nous souhaitons
resteraient hors d'atteinte sans une coopération permanente entre tous les
acteurs de l'hospitalisation, la direction de l'établissement, les médecins
hospitaliers, le personnel soignant, les assistantes sociales, psychologues et
éducateurs, médecins traitants, services médico-sociaux de secteur et parents.
C'est cette action en commun que nous vous
demandons dans l'intérêt des enfants.
Annexes - Quelques
situations particulières
Le père doit pouvoir, s'il le souhaite, assister à
l'accouchement. Sa présence à ce moment et dans les jours qui suivent permet de
l'associer très précocement à la connaissance de son enfant. Par ailleurs, elle
est d'un grand secours pour la mère en cas de difficultés imprévues (au moment
de l'annonce d'un handicap, en cas de transfert en néonatologie,...)
Pour que la mère et l'enfant établissent un lien mutuel dès
la naissance, ils doivent évidemment être en contact aussi étroit que possible.
L'enfant doit donc rester dans la chambre de sa mère autant qu'elle le désire
durant leur séjour en maternité.
L'allaitement maternel présente, entre autres avantages,
celui de renforcer le lien mère-enfant. Si la mère envisage d'allaiter, il faut
l'aider à le faire, sans toutefois exercer de pressions dans ce domaine délicat.
C'est aussi à travers les soins quotidiens qu'elle donne à
son enfant que la mère construit sa relation avec lui. Le rôle du personnel, à
cet égard, est de lui apporter l'aide de sa compétence professionnelle pour la
seconder, plutôt que se substituer à elle. Cela a aussi l'avantage de préparer
le retour à la maison.
Dans le même esprit, les divers examens de l'enfant seront,
de préférence, pratiqués au lit de sa mère
Il est important que la mère de famille et ses enfants ne
soient pas privés de la possibilité de se voir pendant le séjour à la maternité.
Nous souhaitons l'existence d'un local, proche des chambres, mais distinct, qui
permette de recevoir des visites. Cette solution respecte les règles d'hygiène
élémentaires; elle est satisfaisante pour tous.
Certaines mères connaissent après la naissance des problèmes sociaux ou psychologiques (état d'angoisse, difficultés émotionnelles) qui peuvent perturber leurs premières relations avec l'enfant. Une réflexion collective, régulière entre les membres de l' équipe et ceux d'équipes extérieures (secteur social, secteur psychiatrique. . ) permet de mieux déceler ces problèmes difficiles pour y apporter la réponse la plus appropriée
Les recommandations données ci-dessus, ne s'appliquent
évidement pas pour les mères qui envisagent de confier leur enfant en vue
d'adoption. Des dispositions particulières respectant le projet de ces mères
doivent être prises en concertation avec le service départemental de l'enfance
ou l'œuvre d'adoption concernée.
Le ministère des affaires sociales et de la solidarité nationale engage actuellement une action dans deux régions, destinée à améliorer les conditions de séjour de la mère et de son enfant en maternité. Cette action vise, entre autres, à améliorer la collaboration nécessaire entre les maternités, les équipes de P.M.I. et d'aide sociale à l'enfance.
Dans un service de néonatologie, la condition de l'enfant
et l'appareillage auquel il est soumis peuvent heurter la sensibilité des
parents. Ils risquent ainsi de provoquer chez certains des réactions de fuite ou
de rejet. Les membres de l'équipe doivent donc veiller particulièrement a
informer et à rassurer les parents. Dés que l'équipe l'estime possible, les
parents doivent être invités à avoir un contact direct avec le nouveau-né. Ils
pourront commencer à lui donner quelques soins élémentaires avec l'aide du
personnel soignant. Ce contact précoce et actif est fondamental pour le bon
établissement du lien parent-enfant.
Les parents doivent bénéficier des mêmes mesures dans les
services de réanimation.